Vache Prim'Holstein pâturant dans un pré

Ce que les jeunes viennent chercher, c'est le sens

Mis à jour le 18 February 2026

Renouveler les générations et revitaliser les territoires ruraux : deux défis que partagent la filière laitière et les collectivités locales. Dans le Gers, Thibault Renaudin défend une ruralité dynamique, innovante, joyeuse et solidaire. Maire de Termes-d'Armagnac, petit village de 200 habitants, et vice-président de sa communauté de communes, il applique ses théories à sa propre réalité locale, convaincu que pour attirer les jeunes, il faut d'abord leur offrir du sens. 

Quel regard portez-vous sur la présence de la filière laitière dans votre territoire ?

Elle est essentielle. Ma communauté de communes a une forme de papillon : d'un côté, une plaine céréalière le long de l'Adour ; de l'autre, des vallons où l'élevage est très présent. Ici, nous sommes beaucoup en polyculture-élevage, un modèle que je trouve porteur de sens mais qui reste insuffisamment rémunéré. Ce que je constate, c'est une diminution de la production laitière et bovine.

Ce recul vous inquiète. Pourquoi ? 

Pour moi, les agriculteurs remplissent trois missions d'intérêt général. D'abord, garantir une alimentation nourricière. Le lait est un produit essentiel dans notre alimentation. Ensuite, protéger l'environnement : les agriculteurs sont des acteurs majeurs de cette protection. Enfin, l'aménagement du territoire : ils sont les garants de la beauté de nos paysages — les bocages, les haies, la diversité. L'élevage joue un rôle déterminant sur ces trois dimensions.

Thibault Renaudin maire de Termes-d'Armagnac
Remettre des visages, du travail, du savoir-faire derrière les produits, c'est redonner du sens à ce que l'on mange.
Thibault Renaudin - Maire de Termes-d'Armagnac

Vous avez engagé une démarche originale dans l'EHPAD de votre commune. Pouvez-vous nous en parler ?

Il s’agit d’une petite unité de vie de 20 résidents. Il y a trois ans, nous sommes passés d'une liaison froide à une alimentation presque 100 % locale. Cela représente 75 000 euros de denrées achetées par an, dans un rayon de 40 kilomètres. J’ai recruté une cheffe, investi dans une cuisine, je ne négocie pas les prix avec les producteurs et pourtant, le coût journalier par résident est passé de 12 à 10,50 euros.

Mais les bénéfices vont bien au-delà : la dénutrition a disparu, les résidents participent à la vie de la cuisine, l'espérance de vie progresse et dépasse largement la moyenne nationale. Nous avons ainsi créé 4 emplois sur la commune. Et surtout, dans un secteur en crise de recrutement, les soignants font la queue pour travailler chez nous ! Ce qu'ils viennent chercher, c'est le sens et la bienveillance.

Vous avez également créé une épicerie associative...

Oui, elle réalise 45 000 euros de chiffre d'affaires annuel, exclusivement avec des productions locales dans un rayon de 30 à 40 kilomètres : beurre, crème, fromages... Nous organisons régulièrement des dégustations le samedi matin, où les producteurs viennent présenter leur travail. Nous emmenons aussi nos résidents de l'EHPAD visiter les fermes. 

Pourquoi ces activités sont-elles importantes ?

Le lien direct entre le produit et le producteur me semble fondamental. On a trop tendance à séparer ce que l'on consomme de ceux qui le produisent. Cette déconnexion appauvrit notre rapport à l'alimentation. Remettre des visages, du travail, du savoir-faire derrière les produits, c'est redonner du sens à ce que l'on mange. L'alimentation est un vecteur de lien social puissant, à condition qu'elle reste incarnée.

Logo Insite France

InSite, des jeunes au service des villages ruraux

Cofondée il y a sept ans par Thibault Renaudin, l'association InSite accompagne aujourd'hui 200 villages dans neuf régions françaises. Son principe : accueillir des jeunes en service civique, en stage ou en apprentissage pour venir en appui aux élus locaux et aux associations. Une expérimentation menée avec la MSA sur deux départements porte spécifiquement sur l'accompagnement du renouvellement agricole.

En savoir plus sur : www.insite-france.org

33%
la population française est rurale
88%
du la superficie FR est constituée de territoires
80%
des communes rurales en croissance démographique
6%
des ruraux travaillent dans l'agriculture
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Comment ces initiatives s'inscrivent-elles dans une réflexion plus large sur l'attractivité des territoires ruraux ?

Je crois que nous vivons une période de transition, tant pour l'agriculture que pour la démocratie locale. Les défis sont comparables : renouveler les générations, susciter des vocations, donner envie de s'engager. Et dans les deux cas, la clé me semble être la responsabilisation. Il faut sortir d'une logique trop descendante, infantilisante, et faire confiance aux acteurs de terrain — agriculteurs comme élus locaux. Quand on redonne de la maîtrise, on redonne du sens. Et quand on redonne du sens, on redonne envie de s'investir.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait s'inspirer de votre démarche ?

Je n'ai pas de leçons à donner, mais je résumerais mon approche en trois mots : compréhension, dialogue, accompagnement. Comprendre les réalités des agriculteurs, y compris leurs difficultés personnelles — nous sommes souvent leur premier interlocuteur dans les moments difficiles. Dialoguer, parce que les territoires ruraux sont des territoires de compromis où l'on sait échanger même quand les avis divergent. Et accompagner concrètement, en créant des débouchés locaux : une cantine, un EHPAD, une épicerie. Ce sont des leviers à notre portée.

Sources :

[1] Premier rapport annuel du conseil scientifique de France ruralités, cité dans : Territoires ruraux : comment adapter les politiques publiques à la diversité des campagnes ? (juin 2025, vie-publique.fr)

[2]   Premier rapport annuel du conseil scientifique de France ruralités, cité dans : Territoires ruraux : comment adapter les politiques publiques à la diversité des campagnes ? (juin 2025, vie-publique.fr)

[3] France ruralités (Agence nationale de la cohésion des territoires)