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Valérie Blandin : de la mairie à la coopérative

Mis à jour le 7 April 2026

Ancienne maire devenue présidente des Maîtres Laitiers du Cotentin, Valérie Blandin n'a pas changé de boussole en passant d'un engagement à l'autre. Servir l'intérêt collectif, rendre des comptes, convaincre plutôt qu'imposer : deux rôles différents, une même méthode, une même mission. Portrait.

Il y a quelque chose de révélateur dans le parcours de Valérie Blandin. Cette agricultrice de la Manche a été maire de Gourbesville, puis maire déléguée de la commune nouvelle de Picauville. Elle préside aujourd'hui les Maîtres Laitiers du Cotentin, coopérative qui regroupe 1 000 producteurs et 600 exploitations. Entre ces deux engagements, elle ne voit pas de rupture. Plutôt une continuité naturelle : « Pour moi, les deux missions reviennent à la même chose : servir l'intérêt collectif, être utile pour son territoire. »

Valérie Blandin
Quand on est dans un territoire un peu excentré, on a peut-être tendance, plus qu’ailleurs, à s’intéresser à la vie de son territoire, à ne pas tout attendre des autres ou de l'État
Valérie Blandin - Présidente des Maîtres Laitiers du Cotentin

Maire à 33 ans

Tout commence dans un petit village de la presqu'île du Cotentin, un territoire qui forge une certaine façon de voir les choses : « Quand on est dans un territoire un peu excentré, on a peut-être tendance, plus qu’ailleurs, à s’intéresser à la vie de son territoire, à ne pas tout attendre des autres ou de l'État », explique Valérie Blandin.

C’est dans cet état d’esprit que, après quelques années dans le conseil agricole, Valérie Blandin s'installe comme agricultrice en 2012 et s'engage dans la vie locale. En 2014, à 33 ans, elle est élue maire de Gourbesville. Elle porte alors un projet qui lui tient à cœur : fusionner sa commune de 170 habitants avec la voisine Picauville.

Sa conviction ? « Je considérais qu'un village de cette taille n'avait plus les moyens de maintenir son budget et de participer à la vie du territoire. » La solution : mutualiser. Rejoindre Picauville pour accéder à ses équipements : le cabinet médical, les infrastructures sportives, les services que la commune seule ne pouvait plus financer. « C'est la même logique que la coopérative », résume-t-elle. La fusion aboutit en janvier 2016 : Valérie Blandin devient maire déléguée de la commune nouvelle, qui dépasse aujourd'hui 3 500 habitants.

L’engagement coopératif

Pendant plusieurs années, Valérie Blandin mène deux engagements de front : élue municipale d'un côté, administratrice des Maîtres Laitiers du Cotentin de l'autre. Mais les deux réclament du temps, de la présence, de l'énergie. En 2020, son mandat municipal s'achève. Elle ne se représente pas. « Quand il a fallu faire le choix de l'engagement, je me suis dégagée de l'engagement municipal pour me consacrer à l'engagement coopératif. » 

Deux ans plus tard, en 2022, elle prend la présidence des Maîtres Laitiers. Elle y retrouve des mécanismes qu'elle connaît bien : une assemblée à convaincre, des choix à expliquer, une stratégie à partager. « Un homme ou une femme égal une voix, quelle que soit la taille de l'exploitation : c'est la base de notre gouvernance. Les décisions sont prises localement, par des gens du terrain qui connaissent leur territoire », explique-t-elle.

Le parallèle avec le conseil municipal s'impose de lui-même. « Dans une coopérative comme dans une mairie, il faut expliquer la stratégie, convaincre, obtenir l'adhésion. La transparence n'est pas une option : c'est la condition pour que les gens vous suivent. »

Ce qui les rapproche aussi, c'est l'horizon. Ni la coopérative ni la commune ne peuvent se contenter de raisonner à court terme. « L'enjeu n'est pas uniquement la rentabilité immédiate : c'est d'assurer la pérennité de l'outil pour les générations suivantes de coopérateurs. » Une logique qu'elle applique aussi aux collectivités : un élu doit raisonner ses investissements avec la même rigueur. Les équipements sportifs, les infrastructures culturelles, autant de dépenses nécessaires, mais qui doivent être pensées dans la durée pour ne pas peser sur le budget collectif.

Un moteur économique local

La coopérative qu'elle préside pèse sur le territoire d'une façon qui dépasse le seul chiffre d'affaires. Le lait est une matière vivante, collectée quotidiennement et transformée à proximité. « La production laitière est par définition non délocalisable, puisqu'elle est attachée à son territoire », rappelle-t-elle. 

Derrière chaque site de transformation, c'est tout un maillage qui vit : transporteurs, techniciens de maintenance, salariés qui habitent à côté, scolarisent leurs enfants dans les écoles locales, consomment dans les commerces du coin. « Cela contribue au maintien des services sur le territoire : c'est un maillage économique fort ! »

Un dialogue nécessaire

Valérie Blandin ne prétend pas que tout est simple. Le foncier reste un terrain de tension : les producteurs ont besoin de terres, les communes ont besoin de se développer. Les projets agricoles se heurtent parfois à l'acceptabilité du voisinage. Les politiques de transport ne sont pas toujours conçues pour les besoins des entreprises rurales.

Mais ces frictions, elle les voit comme des raisons supplémentaires de dialoguer, pas comme des obstacles à la coopération. Un dialogue qu’elle cultive à toutes les échelles, des élus municipaux aux parlementaires : « Il faut qu'il y ait une rencontre, un dialogue. C’est de l’humain avant tout », conclut-elle.