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Résilience de la filière laitière : le vrai du faux

Mis à jour le 24 février 2026

Crises sanitaires à répétition, dérèglement climatique, tensions sur les marchés mondiaux : la filière laitière française navigue dans un environnement de plus en plus imprévisible. Face à ces risques, un mot s'est imposé dans le vocabulaire stratégique : résilience. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Et comment la filière se prépare-t-elle à affronter l'incertitude ? Cinq affirmations à l'épreuve des faits.

« Être résilient, c'est savoir encaisser les coups » → VRAI ET FAUX

Encaisser, oui. Mais pas seulement. La résilience, c'est un double mouvement : anticiper pour réduire l'impact et disposer de ressources pour tenir quand le choc arrive. « Être résilient, c'est anticiper pour que les coûts soient moindres quand la crise arrive. Et cette anticipation, elle ne peut être que collective : c'est ce qui permettra de mieux passer les passages compliqués », résume Marc Delage, vice-président du Cniel et représentant du collège du commerce, de la distribution et de la restauration. 

Concrètement ? Cela passe par une connaissance fine des forces et faiblesses, pour mettre de côté dans les bonnes années. « Si l'exploitation est compétitive et connaît bien ses points forts, elle peut plus facilement assumer quand ça ira moins bien », illustre Caroline Helleisen Errant, directrice générale du Cniel.

Troupeau de genisses Montbeliarde en alpage

« Le plus gros risque, c'est le climat » → FAUX

Pas si simple. La filière fait face à trois familles de risques : climatique, sanitaire, économique. Et aucun ne domine clairement les autres. « Il n'y a pas de risque sous-estimé, observe Caroline Helleisen Errant. On les prend tous en compte, en sachant qu’on n'a pas d'estimation de leur périodicité ni de leur ampleur. Ce sont les deux vraies inconnues. »

Le sanitaire peut frapper fort et vite. L’économique peut créer une « double peine » quand les prix baissent alors que les charges restent élevées. Le climatique use année après année. Et il en est un quatrième, souvent oublié : le géopolitique. « La souveraineté, c'est maîtriser ses approvisionnements, ne pas dépendre de tel ou tel pays, rappelle François-Xavier Huard, vice-président du Cniel et représentant des industries laitières privées. Le Covid, la guerre en Ukraine, nous ont montré que cette souveraineté était fragile. » Quatre fronts, une seule certitude : l'incertitude. 

« On ne peut pas prévoir les crises sanitaires » → VRAI ET FAUX

C’est vrai : personne ne sait quand ni où frappera la prochaine crise. FCO, MHE, dermatose nodulaire contagieuse... Ces dernières années ont montré que les menaces peuvent surgir à tout moment. 

Mais c’est également faux : on peut s'y préparer. Premier levier, la recherche. « Nous avons besoin d’une recherche proactive, qui va plus vite que ce qu'on vit sur nos exploitations », insiste Yohann Barbe, vice-président du Cniel et représentant du collège des producteurs. Le Cniel soutient cet effort et organise une veille sanitaire nationale et européenne sur les zoonoses.

Deuxième levier, la biosécurité. Longtemps cantonnée aux élevages porcins, elle s'impose aujourd'hui en élevage bovin. « C'est un point qu'il faut absolument remettre à l'ordre du jour », confirme Luc Verhaeghe, vice-président du Cniel et secrétaire général de la coopération laitière.

Troisième levier : la réponse collective. Quand la crise survient, la filière doit réagir vite et de manière coordonnée. Le Cniel renforce sa procédure interprofessionnelle de gestion de crise pour que, le moment venu, chaque maillon sache quoi faire et avec qui.

« Le changement climatique, on ne peut rien y faire » → FAUX

On peut s'adapter. Ce n'est d’ailleurs plus une option. « Le dérèglement climatique apporte chaque année son lot de surprises, trop sec ou trop pluvieux, constate Pascal Le Brun, président du Cniel. Nous, producteurs, sommes en première ligne. » 

Face à ces bouleversements, la filière a lancé plusieurs chantiers. D'abord, la génétique : développer des animaux et des plantes plus résistants aux excès de chaleur ou d'eau. Le Cniel soutient la recherche sur ces sujets prioritaires.

Ensuite, l'eau : constituer des réserves pour les périodes difficiles. « Nous aurons besoin d'eau pour nos plantes, pour nos animaux. L'abreuvement au pâturage va devenir une vraie problématique », alerte Yohann Barbe. Et l'enjeu concerne toute la chaîne : l'eau est aussi indispensable à la transformation.

Enfin, les bâtiments et les outils : moderniser pour gagner en souplesse. Côté élevage comme côté industriel. « Biomasse, chaudières bois... Ce sont des choses qui renforcent déjà la résilience de la filière », illustre Luc Verhaeghe.

« Diversifier les modèles, c'est disperser ses forces » → FAUX

C’est même l'inverse : la diversité protège. Et elle n'est pas le fruit du hasard. « Notre diversité est née de notre topographie : des zones de montagne, des zones de plaine… mais aussi de nos produits : AOP, bio… C'est une grande force de la filière laitière française », explique Caroline Helleisen Errant

Cette variété est un atout stratégique précisément parce qu'elle permet de répondre à des marchés différents, et donc, de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Une exploitation de montagne en AOP et une ferme de plaine en production standard ne subissent pas les mêmes aléas, ne ciblent pas les mêmes débouchés, ne sont pas exposées aux mêmes risques. « La diversité est facteur de résilience », résume Caroline Helleisen Errant. 

D’où la nécessité de faire coexister ces modèles sans les opposer. « On peut avoir une exploitation de 30 vaches laitières à côté d'une autre qui en a 300, illustre Pascal Le Brun. Les deux se placent sur des marchés différents. Il ne faut surtout pas les opposer. »

La résilience n'est pas une posture défensive. C'est une stratégie active : anticiper les risques, investir dans l'adaptation, mutualiser les réponses. « Dans tout moment de crise, il y a des menaces, mais aussi des opportunités, rappelle François-Xavier Huard. Il faut savoir être agile, être résilient, et avancer dans le cadre du collectif. » Un état d'esprit qui fait écho à celui du président du Cniel, Pascal Le Brun : « La filière laitière a toujours su surmonter les défis grâce au sens du collectif, au dialogue. Pour cela, il faut dépasser le court terme et se projeter sur le moyen et le long terme. »