Yaourt sucess story
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Pots de yaourts : la success story du recyclage à la française

Mis à jour le 22 décembre 2025

En moins de cinq ans, la France s'est dotée d'une filière complète de recyclage des pots de yaourts en polystyrène. Une première mondiale qui démontre la force du collectif, des industriels aux collectivités locales en passant par les recycleurs et l’éco-organisme Citeo

2ème édition Matinée 3R Syndifrais : vidéo générale
2ème édition Matinée 3R Syndifrais : vidéo générale

Les Français adorent les produits laitiers frais : presque 100 % d'entre eux en achètent chaque année, plus de 70 % en consomment chaque semaine. Résultat : 60 000 tonnes de pots (incluant les yaourts et les compotes) en polystyrène par an. Face à cette montagne d'emballages, la filière laitière a relevé un défi inédit.

Un consortium pour une première mondiale

L'histoire démarre en 2020 avec la création du consortium PS25. Industriels, pouvoirs publics et l'éco-organisme Citeo s'allient autour d'un constat simple. « L'usage du polystyrène est commun à différents secteurs de l'alimentaire : compote, volaille... Réfléchir à la manière de réduire son impact environnemental était une évidence », explique Muriel Casé, déléguée générale de Syndifrais, l'organisation professionnelle française des fabricants de produits laitiers frais des secteurs privé et coopératif.

Après avoir étudié différentes pistes, dont des matériaux alternatifs, le recyclage du polystyrène avec retour au contact alimentaire est privilégié : le polystyrène possède des propriétés techniques indispensables pour le thermoformage des pots, leur sécabilité et la sécurité sanitaire des produits. « En cinq ans, un record, nous avons monté une filière de recyclage grâce à la dynamique, l'énergie et les engagements pris par toutes les parties prenantes », souligne Muriel Casé. 

Une infrastructure complète en un temps record

La recette du succès ? Une mobilisation sur tous les fronts.

D'abord, la pédagogie massive auprès des consommateurs pour ancrer le geste de tri dans les bacs jaunes. Ensuite, l'adaptation de tous les centres de tri français. Puis, la création de quatre centres de sur-tri par Citeo. « Pourquoi ? Pour donner des garanties d'un approvisionnement régulier et de qualité, permettant ensuite de monter des filières de recyclage », explique Anne-Sophie Louvel, directrice des opérations et territoires de l'éco-organisme Citeo. Ces centres permettent d'isoler les différents plastiques et résines complexes pour les orienter vers les filières adaptées.

Deux infrastructures majeures complètent le dispositif : l'usine d'Eslava en Espagne (recyclage mécanique, 20 % des volumes) et surtout l'usine Indaver à Anvers (80% des volumes), inaugurée en septembre 2025. Cette dernière réalise une prouesse : grâce au recyclage chimique par dépolymérisation, elle transforme les pots de yaourt en huile de styrène qui retrouve les propriétés d'une matière vierge, permettant ainsi la fabrication de nouveaux pots aptes au contact alimentaire. « C'est une première mondiale », précise Anne-Sophie Louvel.

yaourt
Atlas (Adobe stock)

Les collectivités, actrices du changement

Sans les collectivités locales, impossible de faire fonctionner cette économie circulaire. « La circularité ne fonctionne que si elle est pensée du consommateur au centre de tri, puis jusqu'à la valorisation finale », résume Jean-Marie Rollet, directeur général du syndicat Emeraude, chargé de la prévention et du tri des déchets dans la vallée de Montmorency.

En 2019, les élus franciliens se sont engagés dans l'extension des consignes de tri : guides revus, messages simplifiés, ambassadeurs déployés sur le terrain. Les résultats mettent du temps à décoller, jusqu'au « plan boost » de Citeo en 2023. Résultat : entre 2018 et 2024, le syndicat a enregistré + 12,5 % de collecte et + 23 % de valorisation du plastique. « Mais il reste encore des marges de progression : 60 à 70% du contenu de la poubelle grise pourrait être valorisé », note le directeur.

#TriTonPot : le coup de pouce quotidien

Pour améliorer le tri des pots par les consommateurs, Syndifrais a lancé la campagne #TriTonPot, avec l'Ademe, Citeo et le Cniel. « Nous avons embarqué les grandes marques nationales mais aussi les marques distributeurs », se réjouit Muriel Casé. À partir de février 2025, plus de 500 millions d'opercules ont porté des messages d'incitation au tri, souvent avec une touche d'humour. « Il faut rappeler le geste au quotidien, au plus près de la consommation », insiste la représentante de Syndifrais. 

Alors qu’une deuxième vague de communication est en préparation, 76 % des Français déclarent trier leurs pots de yaourt dans le bac jaune, selon une étude Opinionway réalisée en octobre 2025.

L'engagement des industriels : boucler la boucle

Mais collecter et recycler ne suffit pas : encore faut-il créer des débouchés pour cette matière recyclée. Les fabricants de produits laitiers frais se sont engagés dès le départ à réutiliser le polystyrène recyclé issu des pots. Pour Anne-Sophie Louvel de Citeo, un soutien clé : « La création de la filière de recyclage du polystyrène aurait été beaucoup plus difficile sans l'implication volontariste des metteurs en marché. »

Parmi eux, Sodiaal, première coopérative laitière française. Son objectif ? 100 % d'emballages renouvelables d'ici 2040. « Tous ces efforts filière ne servent à rien si l'on ne peut pas amener le lait, via nos marques, au consommateur final, explique Florian Trohay, directeur adjoint durabilité. Il faut donc répondre aux enjeux sur toute la chaîne de valeur. » 

Mais surtout, « ce sujet de l'économie circulaire ne peut pas être traité isolément, c'est un sujet collectif. D'où l'implication de Sodiaal dans le consortium PS25 et les travaux européens de normalisation sur la recyclabilité des pots au titre du collectif. « Les facteurs clés de succès ? La collaboration avec tous les acteurs de la chaîne en partageant nos réalités, nos défis et en identifiant les solutions concrètes qui permettent d'avancer », résume-t-il. 

Et demain ?

La règlementation européenne impose de collecter 50 % des pots d'ici 2035, ce qui nécessite de redoubler d'efforts sur trois leviers : améliorer le geste de tri des consommateurs, optimiser la collecte et le tri par les collectivités, et augmenter l'utilisation de matière recyclée dans les nouveaux emballages.

« Nous devons collectivement casser les frontières, les silos. L'enjeu environnemental est commun à tous les acteurs », martèle Muriel Casé. Jean-Marie Rollet, lui, insiste sur la cohérence et la vision à long terme : « Les Français veulent bien trier, à condition que les consignes soient simples et crédibles. Et nous, les collectivités, nous avons besoin de feuilles de route stables, de transparence et de visibilité. »

Cette filière du polystyrène fait aujourd'hui figure de modèle. « C'est un vrai mystère pour nos voisins européens, qui ont des organisations plus fragmentées », s’amuse Muriel Casé. La France a montré la voie : avec de la volonté collective et une vision partagée, un défi environnemental majeur peut devenir réalité industrielle en un temps record.

 

Cet article a été rédigé à partir de la conférence « Les collectivités locales, maillon essentiel de l’économie circulaire des pots de yaourts », organisée par le Cniel en partenariat avec Syndifrais, le 18 novembre 2025, au salon des maires et des collectivités locales, à Paris.