"Élus locaux, faisons des terres de lait des terres d'avenir" - Pascal Le Brun
Lorsqu’un élu local prend ses fonctions, mesure-t-il réellement ce que représente la filière laitière pour la vitalité de sa commune ? Sait-il que derrière chaque ferme laitière gravitent près de 60 métiers, de l’inséminateur au réparateur de matériel de traite, du vétérinaire au salarié du service de remplacement ? Et que cette exploitation est le premier maillon d'une chaîne qui, des coopératives de collecte aux laiteries, des fromageries aux rayons de la distribution, fait vivre plus de 500 000 emplois sur l'ensemble du territoire français ?
Ces questions n’ont rien d’anecdotique. Elles touchent au cœur de ce qui fait tenir nos territoires ruraux : leur capacité à rester vivants, économiquement et socialement. Or la filière laitière française traverse une période charnière.
D’un côté, à l’amont, entre 2018 et 2027, la moitié des éleveurs laitiers auront quitté la profession et seuls 45 % de ces départs seront compensés par de nouvelles installations. Les crises sanitaires se multiplient avec l’émergence de maladies inédites. Le changement climatique impose de repenser les modèles de production. De l’autre, à l’aval, les sites de transformation peinent à recruter et à fidéliser, dans des territoires ruraux où l'attractivité reste un défi quotidien. La distribution, elle, doit concilier accessibilité pour les consommateurs et juste rémunération pour les producteurs. Autant de défis qui questionnent tout un modèle et, avec lui, ses acteurs.
Pourtant, la filière laitière dispose d’atouts majeurs pour contribuer à la résilience des territoires. Les prairies stockent du carbone et préviennent les incendies. Les éleveurs adoptent des pratiques plus durables, modernisent leurs outils. Coopératives et industries réduisent leur empreinte environnementale, innovent et structurent des filières organisées qui irriguent l’économie locale. Le commerce et la restauration collective, grands pourvoyeurs d’emploi, font vivre les centres-bourgs et tissent le lien entre producteurs et consommateurs. Cette contribution reste trop souvent invisible aux yeux des élus et des citoyens.
"Cette interdépendance n’est pas une contrainte : c’est une opportunité de construire ensemble des stratégies de développement territorial."
D’où la nécessité d’un dialogue renouvelé entre élus locaux et acteurs de la filière. Les décisions prises à l’échelle locale – sur l’urbanisme, l’accès au foncier, les infrastructures, la restauration collective – ont un impact direct sur notre capacité à nous projeter dans l’avenir. Inversement, sans tissus agricole, industriel et commercial dynamiques, les territoires ruraux perdent leur substance économique et sociale. Cette interdépendance n’est pas une contrainte : c’est une opportunité de construire ensemble des stratégies de développement territorial.
Car il ne s’agit pas de défendre une filière figée dans un imaginaire dépassé. L’agriculture d’aujourd’hui s’est diversifiée, modernisée. Elle intègre la méthanisation, le photovoltaïque, la vente directe… Elle répond à des contraintes environnementales et sanitaires strictes. Elle évolue avec son temps, entre robotisation et intelligence artificielle.
Les laiteries et fromageries ont suivi le même chemin : modernisation des outils, réduction de l'empreinte environnementale, innovation permanente. Et dans les rayons, la montée en puissance des AOP, IGP et autres signes de qualité traduit une demande consommateur profondément transformée, où l'origine et les savoir-faire sont devenus des repères d'achat à part entière.La filière laitière, pilier vivant des territoires français, Terres de lait, terres d'avenir 2026La filière laitière, pilier vivant des territoires français, Terres de lait, terres d'avenir 2026
Le message est simple mais essentiel. Notre filière a une noble vocation : nourrir. Cette évidence mérite d’être rappelée à l’heure où les enjeux géopolitiques et l’instabilité du monde replacent la souveraineté alimentaire au centre des préoccupations. Produire, transformer, distribuer : ce ne sont pas des gros mots. C’est une nécessité.
L’enjeu dépasse largement le cadre de la filière laitière. Il questionne notre capacité collective à maintenir vivants des territoires ruraux. À accepter, au fond, que le vivre ensemble implique des compromis. La démocratie, celle qui se joue dans nos conseils municipaux comme dans nos organisations professionnelles, repose sur cette capacité à débattre, trancher et avancer. Elle suppose de la tolérance, de la pédagogie, de la lucidité. Et surtout, elle exige de ne pas se couper de la réalité économique qui fait vivre nos territoires.
"J'appelle les élus locaux, quels que soient leurs territoires, à faire de la filière laitière un partenaire à part entière de leur mandat."
C'est pourquoi j'appelle les élus locaux, quels que soient leurs territoires, à faire de la filière laitière un partenaire à part entière de leur mandat. Éleveurs, coopératives, industriels, distributeurs : nous sommes là, ancrés, engagés, prêts à construire ensemble. Et faire, avec vous, des terres de lait des terres d’avenir.